Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 22:12

Mon plus grand bonheur et mon plus grand malheur, depuis septembre et jusqu'à l'été, c'est que mon employeur se trouve à 500 km de chez moi. Dans la capitale. Je précise, non pas pour frimer, mais parce que c'est quand même plus simple qu'à 500 km, en rase campagne, côté transports.

 

"Quoi? Avec trois zenfants en bazage!!!" me rétorquent ceux qui en ont aussi mais qui ne travaillent pas dans mon secteur.

 

"Ah oui bon, t'as eu de la veine..." émettent, goguenards, ceux qui travaillent dans mon secteur mais sont très très loin de songer à avoir des enfants.

 

Je n'évoquerai pas ceux qui n'ont ni enfant ni travail dans mon secteur. Je ne préfère pas.

 

Dans mon secteur d'activité, on peut télétravailler. Je reprends. Dans mon secteur d'activité, on a un bureau en général aussi accueillant qu'une cabane de chantier. Il est donc fréquent de travailler depuis chez soi. Le boulot et la vie sociale se mêlent. Une grande quantité de travail solitaire précède tout travail en groupe ou devant une assistance. Dans mon cas, en plus, le contrat est précaire et le conjoint titulaire, donc la mobilité provisoirement impossible.

 

Donc on télétravaille. Par chance on a un appartement bizarrement conçu. Avec une pièce qui ne peut servir que de bureau puisqu'elle n'est accessible que par le balcon, qu'elle couvre entre 6 et 7 mètres carrés et qu'il n'y a pas l'eau. En plus, on y chauffe les hirondelles et le plafond est vermoulu. La vue est jolie. Deux petites tables chargées de livres y trônent. Les araignées s'y plaisent aussi et il y a encore la place pour le laurier rose en hiver.

 

Une chambre à soi. C'est ainsi que je le vis. La vie conjugale me va bien, mais si je n'avais cette pièce, elle me manquerait. C'est là que j'écoute MA musique, que je stocke MON courrier et MES photos, que je brûle le papier d'Arménie qui retourne l'estomac et brûle les muqueuses de mon délicat mari.

 

Que demander de plus?

 

Du lundi matin au vendredi soir (avec une pause le mercredi matin), quand je télétravaille, je viens donc dans ma chambre mon bureau pour me mettre au travail. Autant le préciser tout de suite, les photos des enfants sont éparpillées au milieu des dossiers professionnels et la messagerie électronique est à la fois privée et professionnelle. Pourtant, de 9h à 17h, presque cinq jours par semaine, plus quelques soirées ici ou là, il faut tenter de se concentrer sur ce qui me fait exister loin de la maison. Autant le dire tout de suite, ça ne marche parfaitement que les jours de grande forme, quand le travail est motivant et avance de façon satisfaisante. Les autres jours, il y a des pauses "remplissage de frigo en ligne", "soldes", "lectures distrayantes", "blogo"... dont je me dis qu'elles doivent aussi entrecouper la journée de ceux qui taffent au bureau.

 

Et puis il y a les déplacements. Deux à cinq jours par mois, je suis donc loin de chez moi. En général, par "paquets" de deux jours/une nuit. Les lundis/mardis. Histoire de passer le dimanche à se demander si tout va rouler. Si le prochain paquet de couches n'est pas planqué dans la soupente. Si on n'a pas oublié le biberon qui va bien à la crèche vendredi. Si il reste du Doliprane au cas où. Si la crème qui évite la pelade au moindre froid à Marmotte (dont le surnom est un peu usurpé sur ce coup-là) n'est pas tombée derrière le radiateur. Si les CP ont toujours piscine le mardi matin et où est ce fichu bonnet de bain en silicone. Si si si...

 

Le lundi matin, la liste est faite. Mon cher husband a allégé autant que possible son emploi du temps (rien de spectaculaire...) et la baby-sitter est ultra-brieffée. Tout va rouler. Le réveil sonne. Le sac est prêt, avec le bon ordinateur et ses accessoires non superflus, le bon tire-lait, une trousse de toilette de poche, de quoi se changer en cas de projection de café ou autre. La porte se referme.

 

Et c'est la liberté. Deux jours et une soirée sans enfant. Je n'ose écrire "sans conjoint", mais ça compte aussi même si sa compagnie n'est pas comparable à celle de ses filles. Marcher vite. Flâner. Bavarder à bâtons rompus. Dîner tranquillement. Ne pas donner de bain. Ne pas toucher une éponge/une lingette/une bavette. Se préparer le lendemain matin, juste soi, et avoir TROIS QUART D'HEURE rien que pour ça. Le délire.

 

J'ai cependant remarqué qu'il faut deux soirées consécutives pour vraiment se détendre. Et le travail peut efficacement prendre le relais en matière de stress. Mais quel plaisir que ce dépaysement.

 

Et puis il y a les fois où ça marche moins bien.

 

Quand on prévoit de partir moins tôt le lundi matin, parce qu'on n'est attendue que pour 10h30. Que donc on prend le temps d'une petite tétée avec Belette avant de filer prendre le train. Qu'on réalise à ce moment-là, quinze petites minutes avant de partir, que Belette est bouillante. Qu'on a juste le temps de vérifier, de s'entendre promettre qu'on va lui donner du paracétamol tout de suite, et de se rappeler que la baby-sitter a un rendez-vous important dans la journée. Qu'on file prendre le train quand même, la mort dans l'âme. Qu'on reçoit un coup de fil de la crèche à 9h04: "Belette a bien pris un antipyrétique à 7h30 madame?" "Voui voui (confirmé plus tard)" "Ah, parce que là elle a 39,4°C"...

 

Quand on réalise en arrivant dans la gare RER qu'on ne sait pas si c'est le parfum de la dame, l'odeur de croissants synthétique ou le cocktail sueur/aftershave du voisin, mais on a l'estomac susceptible ce matin. Que ça dure toute la journée. Que bien sûr l'impression se confirme sur le trajet du soir, en route vers une soirée amicale en plein Paris, quand le RER choisit de nous faire faire une petite pause dans un tunnel. Qu'après une soirée apocalyptique et une journée du lendemain passée à remercier l'inventeur de la métopimazine, on se dit qu'on va mieux. Qu'on apprend qu'à la maison, vers laquelle on rentre en espérant se reposer de ses émotions, Belette est certes revenue de sa séquence fiévreuse, mais le reste de la maisonnée a l'estomac en vrac et c'est peu dire. Baby-sitter comprise, évidemment.

 

Entre la montagne de lessive (exponentielle en cas d'enfants malades) et les fichiers passionnants réceptionnés hier, qui va gagner demain matin?

 

Partager cet article

Repost 0
Published by elle-mere - dans Mères dans la cité
commenter cet article

commentaires

A Propos

  • : Le blog de elle-mere
  • Le blog de elle-mere
  • : Elle-mère, maman concernée de trois mammifères survoltés, Loutre, sept ans, Marmotte, quatre ans et demi, et Belette, 19 mois. Peut-on à la fois être féru de littérature enfantine, très au point question principes d'éducation, passionné par la condition des mères (et des pères), ouvert aux autres, ET au bord du burn-out parental? Oui, on peut!
  • Contact

Illustrations ©LuceGribouillon

L'illustration de la bannière de ce blog est l'oeuvre exclusive de Luce Gribouillon, que je remercie très chaleureusement.

 

Vous pouvez admirer ici les réalisations de cette illustratice/peintre/dessinatrice, entre autres talents de cette maman qui en a beaucoup!

 

http://lucegribouillon.blogspot.fr/

Recherche

Archives